Mesurer et vivre le risque
La volatilité se calcule, le drawdown se vit. Ce module mesure le risque comme vous le ressentirez vraiment, et vous montre pourquoi l'ordre des rendements peut ruiner une retraite.
10.1 Volatilité
C'est l'écart-type des rendements. À partir de rendements mensuels :
Une volatilité annuelle de 18 % signifie, si les rendements suivaient une loi normale, que le rendement annuel a ~68 % de chances de se situer dans [moyenne ± 18 pts] et ~95 % dans [moyenne ± 36 pts]. Or les rendements financiers ne suivent pas une loi normale : les événements extrêmes (les « queues ») sont plus fréquents que ne le prévoit le modèle. La volatilité sous-estime donc systématiquement le risque de catastrophe.
10.2 Drawdown : la mesure qui compte vraiment
Le drawdown est la perte depuis le plus haut. C'est ce que vous vivez.
Grands drawdowns de référence (indices actions mondiaux, dividendes réinvestis) :
| Épisode | Amplitude | Durée de la chute | Retour au sommet |
|---|---|---|---|
| 1929–1932 (S&P) | −86 % | 34 mois | ~25 ans (en réel) |
| 1973–1974 | −48 % | 21 mois | ~10 ans (en réel) |
| 2000–2002 (bulle internet) | −49 % | 31 mois | ~7 ans |
| 2007–2009 (crise financière) | −57 % | 17 mois | ~5,5 ans |
| 2020 (Covid) | −34 % | 33 jours | 5 mois |
| 2022 (taux + inflation) | −25 % | 9 mois | ~15 mois |
Un −34 % en 33 jours est presque supportable. Un −49 % étalé sur 31 mois, avec des médias qui répètent chaque semaine que « cette fois, c'est différent », ne l'est pas.
10.3 Corrélation
Le coefficient de corrélation varie entre −1 et +1. La diversification ne crée de la valeur que si les corrélations sont inférieures à 1.
- ρ = +1 : σ = 0,6 × 18 + 0,4 × 6 = 13,2 %
- ρ = 0 : σ = √(0,36 × 324 + 0,16 × 36) = √(116,6 + 5,8) = 11,1 %
- ρ = −0,3 : σ = √(122,4 − 2 × 0,6 × 0,4 × 0,3 × 18 × 6) = √(122,4 − 15,6) = 10,3 %
Cette baisse de volatilité, obtenue sans sacrifier le rendement moyen, est le seul repas gratuit de la finance, selon Markowitz.
En période de stress aigu, presque tout monte à +0,8 ou +0,9 de corrélation : actions mondiales, high yield, immobilier coté, émergents, crypto. La diversification échoue précisément quand on en a besoin. En 2008, les seuls actifs restés négativement corrélés étaient les obligations d'État de haute qualité et le cash. En 2022, même celles-ci ont chuté, car le choc venait de l'inflation, pas de la croissance. Retenez : aucune protection ne fonctionne dans toutes les situations ; chaque protection correspond à un type de crise.
10.4 Ratios de performance ajustée
Un ratio de Sharpe de 0,4 à 0,6 correspond à un portefeuille actions à long terme. Au-delà de 1,0 sur une longue période, méfiance : soit le risque est mal mesuré (illiquidité, effet de levier caché, actifs non cotés), soit la période est trop courte.
Autres ratios utiles :
- Sortino : ne pénalise que la volatilité à la baisse.
- Calmar : rendement / drawdown maximal.
- Tracking error : écart-type de la différence avec l'indice.
10.5 Le risque de séquence
C'est le risque le plus sous-estimé. Sans versements ni retraits, l'ordre des rendements n'a aucune importance. Dès qu'il y a des flux, il devient décisif.
Capital de 500 000 €, retraits de 25 000 €/an indexés à 2 %. Deux séquences avec la même moyenne.
| Séquence A (mauvaises années d'abord) | Séquence B (bonnes années d'abord) | |
|---|---|---|
| Années 1–3 | −15 %, −10 %, −8 % | +22 %, +18 %, +14 % |
| Années 4–30 | +9 % en moyenne | +9 % en moyenne (mêmes rendements, ordre inversé sur les 3 premières années) |
| Capital à 30 ans | Épuisé vers l'année 22 | > 1,3 M€ |
Les 5 années qui précèdent et les 5 qui suivent le début des retraits. C'est là qu'il faut sécuriser (voir M23 : poche de liquidités et glide path).