Risques et assurances : couvrir ce qui vous ruinerait
On n'assure pas ce qui est probable ; on assure ce qui est catastrophique. Ce module trie les couvertures indispensables et les couvertures inutiles, et montre comment tenir compte de votre premier actif : votre capital humain.
5.1 La matrice de décision
| Coût faible | Coût catastrophique | |
|---|---|---|
| Fréquence élevée | Budgéter (dentiste, pneus) | Éviter / changer de comportement |
| Fréquence faible | S'auto-assurer (franchise haute) | ASSURER (décès, invalidité, RC) |
En pratique : montez vos franchises au maximum sur les risques que vous pouvez absorber (auto, habitation, casse), et utilisez l'économie de prime pour financer les couvertures vraiment essentielles. Une garantie « bris de smartphone » à 8 €/mois pour un appareil de 600 € est un mauvais calcul.
5.2 Les couvertures réellement indispensables
1. Prévoyance décès / invalidité (la plus sous-souscrite)
Le régime général verse peu. Le capital décès de la Sécurité sociale est un forfait d'environ 3 900 €. La pension d'invalidité est plafonnée à 50 % du salaire annuel moyen, dans la limite du PASS (48 060 € en 2026), soit ~2 000 €/mois au maximum.
Dépenses : 45 000 €/an. Le crédit immobilier est déjà couvert par l'assurance emprunteur. Épargne : 60 000 €. Le conjoint survivant travaille à mi-temps et gagne 18 000 €/an.
- Besoin annuel non couvert : 45 000 − 18 000 = 27 000 €
- Durée à couvrir, jusqu'à l'autonomie du cadet : 15 ans
- Capital cible = (27 000 × 15) − 60 000 = 345 000 €
Pour un non-fumeur de 38 ans, un contrat temporaire décès coûte environ 20 à 35 €/mois. C'est le meilleur rapport protection/prix de tout le paysage financier français.
2. Responsabilité civile
Elle est incluse dans la multirisque habitation. Vérifiez les plafonds (visez au moins 5 M€ pour les dommages corporels) et l'extension « vie privée », qui couvre les enfants.
3. Complémentaire santé
Comparez le reste à charge réel sur vos dépenses effectives (optique, dentaire, hospitalisation, dépassements d'honoraires). Ne vous fiez pas aux pourcentages affichés du type « 300 % BR » : ils portent sur une base de remboursement souvent dérisoire.
4. Garantie perte d'emploi
Son rapport qualité/prix est généralement mauvais : délais de carence longs (6 à 12 mois), indemnisation courte (12 à 24 mois), nombreuses exclusions (rupture conventionnelle, démission, période d'essai). Dans la plupart des cas, une épargne de précaution plus épaisse est préférable.
Les contrats qui mélangent « épargne » et « protection » (contrats vie entière avec valeur de rachat, plans obsèques capitalisés) facturent la protection au prix fort, et l'épargne encore plus cher. Séparez toujours les deux : une assurance temporaire décès pure d'un côté, une assurance-vie multisupport de l'autre. Le coût total est structurellement plus bas.
5.3 Le risque humain : capital humain et diversification des revenus
Votre capital humain, c'est la valeur actuelle de vos revenus futurs du travail. À 30 ans, c'est presque toujours votre premier actif. Un salarié de 32 ans qui gagne 45 000 €/an, avec 33 ans de carrière devant lui, actualisés à 3 %, détient un capital humain de l'ordre de 900 000 €, souvent 5 à 10 fois son patrimoine financier.
Deux conséquences contre-intuitives :
- Un jeune salarié est déjà massivement exposé à un actif de type obligataire : un revenu régulier et peu volatil. C'est ce qui justifie une allocation financière très majoritairement en actions. Non pas parce qu'il est jeune, mais parce que son bilan global est déjà obligataire.
- Si votre capital humain évolue avec les marchés actions (banquier, trader, salarié d'une scale-up, commercial à la commission, entrepreneur), ce raisonnement s'inverse en partie. Ne concentrez surtout pas votre épargne en actions de votre employeur, et acceptez une poche défensive plus large. Le cas Enron reste l'exemple de référence : les salariés y ont perdu à la fois leur emploi et leur épargne retraite, investie en actions de l'entreprise.
✓ Contrôle M5
Célibataire sans enfant, sans dette, locataire. Quel est votre besoin en capital décès ? Justifiez.
Corrigé
Besoin ≈ 0 € (hors frais d'obsèques). Sans personne à charge ni dette non couverte, une assurance décès ne sert à rien. En revanche, une couverture invalidité reste pertinente : c'est vous qui devrez vivre avec.
Vous payez 14 €/mois une garantie « casse et vol » pour un ordinateur de 900 €. Franchise de 150 €, durée de 3 ans. Quelle est l'espérance mathématique de l'opération si la probabilité annuelle de sinistre est de 4 % ?
Corrigé
Primes : 14 × 36 = 504 € sur 3 ans
Gain espéré : probabilité cumulée ≈ 11,5 % × (900 − 150) ≈ 86 €
Espérance nette : −418 €. Auto-assurez-vous.
Vous êtes développeur salarié d'une société cotée qui vous verse 15 % de votre rémunération en actions gratuites. Quelles sont les deux corrections à apporter à votre allocation ?
Corrigé
(a) Ne gardez pas les actions attribuées au-delà de la période où vous n'avez pas le droit de les vendre : vendez-les et réinvestissez dans un indice large.
(b) Réduisez votre exposition aux actions technologiques dans le reste du portefeuille et augmentez la poche défensive, puisque votre capital humain dépend déjà du même cycle.